mercredi 22 novembre 2017

Quelques-uns




Pas plus farouche que Xavier dans sa cabane (une seule fenêtre, et petite ; une porte étroite, et très basse). Un bernard-l'hermite dans sa coquille sombre. 
Tout sourire, c'est Antoine. Beaucoup d'amis mais pas d’ambiguïtés. Donc pas de sexe. N'y pense même pas.

Benoît ne comprend pas ce qui s'est passé cette nuit. Il se souvient juste s'être couché de bonne heure, vaguement dégoûté par sa journée de travail. D'où vient tout ce sang qui empoisse ses draps ce matin ? Il se tâte en vain pour trouver la blessure.

Eric veut disparaître. « N'être plus dehors qu'avec les choses. Sans moi parmi elles. » (Ce n'est pas clair.) Tout le contraire du suicide, pense-t-il. « Juste laisser le sentiment d'être une personne se dissoudre naturellement. » (Pas clair.)
Angel n'aime pas son prénom. Angel n'aime pas son corps. Ni sa tête dans le miroir. Angel attend un miracle sans trop y croire.

Né à X, Louis n'a jamais quitté l'Ecosse. Il épouse à 20 ans la fille de ses voisins. Son commerce prospère vite. Alors qu'il n'est pas loin d'être millionnaire, sa crainte d'une faillite ou d'un revers de fortune le taraude jour et nuit. A 40 ans, un ulcère fulgurant l'emporte en quelques mois.

Michel s'adonne depuis toujours à un grand nombre de drogues. Il met dans ses expériences psychotropes le seul enthousiasme qu'il connaisse. Il joue avec feu comme un enfant. S'attend à brûler à tout moment.

Mireille rêvasse penchée à la fenêtre. Le ballet des voitures la berce. Elle est ici tout en étant ailleurs. Délectable et secrète volupté.

De lourds sacs au bout des bras, Anton revient des courses comme chaque samedi. « Ma vie ne vaut pas tripette », soupire-t-il. De fait, la routine de ses jours ferait se pendre n'importe qui d'un peu sensé. Mais Anton a un vieux chat siamois qu'il faut nourrir chaque jour.



lundi 13 novembre 2017

Maître Puma



Ça fait des années que je suis le disciple de maître Puma.
Il n'est pas très causant. N'en pouvant plus, j'ai fini par me jeter à l'eau ce matin.
Je lui ai demandé timidement : "Maître, est-il vrai que nous ne sommes pas séparés ?"      Il m'a répondu : GRAOUAAAH ! J'ai compris que ce n'était pas le moment de le déranger.

dimanche 12 novembre 2017

Toutes choses à l'esprit



toutes choses à l'esprit
n'égalent pas une violette



"Ce qui perçoit n'est pas perceptible." ceci n'est pas un dogme mais un fait d'expérience. Voyez par vous-même : ce qui perçoit ces lignes peut-il être perçu ? Vous pouvez voir ces mots, l'écran sur lequel ils apparaissent, vous pouvez voir vos mains etc., vous pouvez tout voir mais POUVEZ-VOUS VOIR CE QUI VOIT ?Si la vision (l'écoute, la conscience) ne peut être perçue, c'est vraisemblablement qu'elle n'est ni un objet ni un phénomène. 
Le monde (ainsi que le corps, les pensées, les émotions, les représentations), le monde est tout le perçu. Qu'est-ce qui le perçoit ? Qu'est-ce qui en a conscience ? Cela qui n'est pas perceptible (du moins dans mon expérience), cela qui n'est pas un objet, cela qui n'est pas soumis à l'espace et au temps, cela qui n'est apparu à aucun moment et ne disparaîtra donc jamais. C'est ce que m'apprend mon expérience quand je mets tout savoir de côté. Est-ce que ça correspond à votre expérience ? Voyez.



Ci-dessous, dessin du physicien Ernst Mach (1838-1916) : "autoportrait du moi" (disparition du sujet dans la vison directe). 
Le seul reproche que je ferais à ce dessin (qui tente d'être le plus objectif possible) c'est qu'il a été fait en fermant un œil (ce qui explique l'apparition de l'aile du nez à droite). Dans la vision naturelle (sans fermer un œil) l'ouverture centrale est encore bien plus grande. Formidable ouverture transparente, non localisable, non personnelle, désencombrée de tout savoir, de toute histoire, et qui accueille tout (ou plutôt : où tout est accueilli, où tout apparaît).


mardi 7 novembre 2017

Poniatowski



C'est une vue du boulevard Poniatowski qui passe juste derrière. J'ai glissé un fantôme stylisé pour qu'on puisse se croire au Japon.



dimanche 5 novembre 2017

tic tac






Si vous avez 5 minutes, je vous invite à une petite expérience. Prêtez attention aux sons qui parviennent à vos oreilles en cet instant.         (faites-le vraiment)
L'impression première est que les sons sont plus ou moins lointains, extérieurs, à distance de vous les écoutant. Très bien. Continuez à écouter. Rien qu'écouter (sans cogiter). Pure écoute. Encore un peu et vous pouvez observer que l'impression de distance entre vous et les sons se réduit progressivement. Bientôt il vous sera impossible de distinguer le moindre espace, la moindre séparation entre les sons et l'écoute.  
Voilà ce que révèle l'expérience directe : l'absence de séparation entre la perception et le perçu, l'absence de séparation entre vous écoutant et le monde écouté. Dans l'expérience directe, sans penser, il n'y a pas de distance, pas de séparation, tout apparaît ici. Il n'y a qu'écoute. Pas même une personne écoutant quelque chose d'extérieur. 
Voilà ce que révèle l'expérience directe : l'absence de séparation entre la perception et le perçu, l'absence de séparation entre vous écoutant et le monde écouté. Dans l'expérience directe, sans penser, il n'y a pas de distance, pas de séparation, tout apparaît ici. Il n'y a qu'écoute. Pas même une personne écoutant quelque chose d'extérieur. Glop.




"Bien optimiste" parce que ce jour-là n'est pas encore venu et ne viendra probablement jamais. Je suis très pessimiste sur le devenir collectif de quoi que ce soit de bon. Par contre la révolution à l'échelle individuelle, ça oui — d'expérience je sais qu'elle est possible, actualisable.
On se jette sur tout, on instrumentalisme tout, on veut tirer profit de tout immédiatement. La révolution qu'indique Cézanne est d'aller contre cette fichue habitude, et de maintenir (quelques instants au moins) l'observation avant de passer à table. Cela rejoint ce que j'appelle dans mon livre "la pratique de l'arrêt" (exercice poétique numéro 1 - le sésame (Cézanne !) de l'accès au jardin poétique).

mercredi 1 novembre 2017

J'ai retrouvé un vieux carnet.


          









Dans ce carnet, il y a peu de filles nues — c'était ma période macrobiotique (riz complet, algues, miso et tofu maso). Celle-ci est une exception :



(à suivre)

dimanche 29 octobre 2017

Dimanche


* * *
Je me souviens d'un dessin de Sempé, ou plutôt d'une succession de dessins où l'on voyait un jeune couple emménager dans un appartement dont la vue donnait sur un autre appartement, de l'autre côté de la rue. On voyait d'abord le couple vivre en bohème parmi les cartons non encore déballés ; puis la jeune femme tombe enceinte ; puis le bébé court dans l'appartement ; puis le couple s'embourgeoise ; puis l'enfant parti laisse le couple taciturne à lui-même ; puis ils vieillissent ; la femme a pris l'habitude de lire près de la fenêtre dont la vue donne sur l'appartement d'en face ; c'est une vieillarde à présent ; désœuvrée elle regarde par la fenêtre et voit dans l'appartement un jeune couple emménager, un couple identique à celui qu'elle formait il y a bien longtemps avec celui qui est devenu son vieux mari bedonnant.
Je n'en suis pas tout à fait là, mais je ne peux m'empêcher de repenser à ce dessin poignant en observant un nouveau jeune couple (le troisième !) emménager avec entrain dans l'appartement en face de nos fenêtres.


mercredi 25 octobre 2017

FLUXUS

Extrait de "De pièces en pièces", un livre tout en couleurs de François Matton himself, publié aux Editions POL en 2007. (L'image étant en hd, tu peux t'en faire un poster et l'accrocher au-dessus de ton lit - ça peut t'aider pour tes exams, tête de nœud.)


mardi 24 octobre 2017

Décrocher


De même que la drogue est ce qui rend la vie plus intéressante que la drogue, l'art (selon Robert Filliou) est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art. A condition toutefois de réussir à décrocher un jour... 
(Filliou est parvenu à décrocher de la pratique de l'art — en se tournant à la fin de sa vie vers le bouddhisme et le non agir. Rien que pour cela, je le salue fraternellement.)


jeudi 19 octobre 2017

Satori





Voyez-vous l'objet en relief qui se trouve au centre de cette image ? Oui ? Non ? (C'est aussi énorme que le nez au milieu de la figure.) Je ne vois pas meilleure façon d'évoquer l'émergence subite de la présence (ce qu'on peut appeler le satori) : un soudain changement de focale qui provoque un basculement de perspective.

Tout d'abord on ne voit rien — tout est embrouillé, la conscience est confuse, bruyante, dispersée. Puis on nous informe qu'il se tient là quelque chose à découvrir — c'est l'invitation à trouver par soi-même. On cherche — on fait un effort pour trouver, on se fatigue, on s'exaspère. Et puis d'un coup, l'image en 3D apparaît. C'est magique. Elle était là mais on ne la voyait pas. Maintenant qu'on l'a vue, il semble qu'on ne puisse pas ne plus la voir. Pourtant, en un instant, hop, elle disparaît à nouveau. Mince alors. On sait maintenant qu'elle est là, qu'il suffit d'un rien pour la retrouver, mais on ne sait plus comment s'y prendre. 
L'image plate et confuse du départ, c'est la vision ordinaire du réel  (ou plutôt de la réalité) : indifférence — on bâille, on somnole, on s'emmerde un peu dans la grisaille. L'invitation, c'est quand on croise un type informé. L'effort pour trouver, c'est la laborieuse et très frustrante recherche spirituelle. La vison soudaine, c'est l'éveil, le satori. La perte de la vison, c'est la nuit noire de l'âme. Les retrouvailles avec la vision, c'est les retrouvailles avec soi-même (le retour à la maison après des siècles d'errance). 
Oui, décidément cette métaphore est excellente.

* * *